Pure Salmon : Notre contribution à l’enquête publique

Avis du groupe écologiste, solidaire et citoyen de la Région Nouvelle-Aquitaine déposé le 19 janvier 2026

 

Les élu·es du groupe écologiste, solidaire et citoyen du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine émettent un AVIS DÉFAVORABLE sur la demande d’autorisation environnementale et de permis de construire. Cet avis s’inscrit en complémentarité des remarques du groupe Écologie et Solidarités du Département de la Gironde et des parlementaires écologistes.

 

L’économie

Pure Salmon Fishfarm France est soutenu par un fonds d’investissement singapourien : 8F Asset Management (8FAM), une société de capital risque. 8FAM a créé Pure Salmon (Global), une entreprise mondiale d’élevage et de transformation de saumon atlantique, qui coordonne toutes les fermes locales telle que Pure Salmon France.

 

L’élevage de saumon en cage marine génère des pollutions importantes pour les écosystèmes et pour la population de saumons. C’est pourquoi, Pure Salmon espère développer un mode d’élevage alternatif avec un élevage terrestre en circuit fermé autrement appelé Système d’aquaculture en recirculation («.Recirculating Aquaculture System » RAS en anglais). Leur objectif est de déployer le RAS comme méthode d’élevage intensif de saumon à l’échelle mondiale. Il existe quelques expériences de production intensive avec cette technique qui démontrent la vulnérabilité de la méthode au moindre incident.

 

La complexité de ces élevages les rend particulièrement vulnérables. D’après diverses enquêtes journalistiques et d’ONG, plusieurs accidents énergétiques ont entraîné la mortalité de nombreux saumons dans le cadre de ce modèle d’élevage intensif. En 2020, l’exploitant Atlantic Sapphire a reconnu la mort d’environ 227 000 saumons dans son installation RAS au Danemark à la suite de problèmes de qualité de l’eau. En mars 2021, la défaillance d’un filtre au sein de l’élevage terrestre Atlantic Sapphire, à Miami aux États-Unis, a causé la mort d’environ 500 000 saumons (500 tonnes). En mai 2025 au Japon, dans une usine Proximar Seafood : 170 000 saumons ont été asphyxiés à cause d’un problème de pompe.

 

Le système d’élevage en circuit fermé (RAS) est présenté comme fiable, maîtrisé et sécure mais les divers incidents observés dans plusieurs fermes-usines de saumons RAS à travers le monde démontrent qu’il n’est pas sans danger.

 

La souveraineté alimentaire

Pure Salmon élabore ce projet de ferme-usine afin de répondre à la forte demande en saumon. Il prétend inscrire son projet dans le cadre de la souveraineté alimentaire. La souveraineté alimentaire est reconnue et définie en droit international par la Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP). La souveraineté alimentaire c’est avant tout le droit des populations de définir leurs systèmes alimentaires et agricoles sans nuire à la souveraineté alimentaire et au droit à l’alimentation des pays tiers.

 

Or, la souveraineté alimentaire est régulièrement détournée pour obtenir des reculs environnementaux, inciter à produire plus ou encore soutenir la logique d’exportation pour « nourrir le monde » comme invoqué ici par Pure Salmon afin de justifier la production intensive de saumons.

 

Par ailleurs, les aliments servant à nourrir les animaux en pisciculture ne peuvent être considérés comme participant à la “souveraineté alimentaire”. Le saumon est une espèce carnivore qui se nourrit de petits poissons. En élevage industriel, le saumon est nourri à partir de la pêche minotière. La pêche minotière est une technique de pêche industrielle intensive destinée à alimenter les filières d’aquaculture industrielle en transformant des petits poissons en farine ou huile
de poisson. Cette pêche industrielle intensive de petits poissons souvent réalisée au large des côtes africaines porte atteinte à la souveraineté alimentaire des pays concernés. En effet, au lieu de servir à nourrir directement et localement des êtres humains, ces petits poissons servent à nourrir les saumons destinés au marché européen.   

 

Pure Salmon assure vouloir s’approvisionner de manière « responsable » auprès de la société Skretting. Cette multinationale norvégienne a déclaré vouloir, d’ici fin 2025, travailler exclusivement avec des pêcheries certifiées durables ou des « projets d’amélioration de la pêche » (des initiatives d’accompagnement des pêcheries pilotées par le label MSC). D’après des documents internes analysés par le média britannique DeSmog, en 2023, 23 % de leurs ingrédients ne provenaient pas de ces deux catégories, et 33 % uniquement étaient issus de « parures » de poissons, c’est-à-dire de parties non consommables par les humains.

Ainsi, Pure Salmon ne peut pas garantir l’approvisionnement responsable des granulés destinés à l’alimentation des saumons.

 

L’eau

Le projet de ferme-usine est terrestre et non marin. Il nécessite une importante quantité d’eau pour fonctionner. La quantité d’eau estimée durant la phase d’exploitation est de 6 500 m³ par jour au débit maximal, soit près de 3 piscines olympiques d’eau prélevées chaque jour. Ce volume correspond à un prélèvement annuel total de 2 372 500 m³.


L’approvisionnement en eau du site se fera par l’intermédiaire de six forages privés localisés sur la commune du Verdon-sur-Mer à 500 m au nord du site (eau saumâtre de la nappe souterraine plio-quaternaire), tous sur le site nommé « Gare à terre » appartenant au Grand port maritime de Bordeaux (GPMB). Aucune information sur la nature du contrat qui unit GPMB et Pure Salmon n’est précisée dans les documents de l’enquête publique.


Le site Gare à terre est situé à l’est de la plage la Chambrette; cette proximité risque de générer des nuisances sonores dues à l’activité des pompes. Elles sont susceptibles de gêner l’activité touristique.

 

En dessous de la nappe Plio-quaternaire se situe la nappe de l’Éocène contenant de l’eau non saumâtre. La stratégie d’approvisionnement en eau proposée a fait l’objet d’études de potentialité en phase conception et de nombreux échanges avec les autorités. Les différents services de l’État et les organismes consultatifs ont mis en exergue les irrégularités fréquentes des études menées par Pure Salmon, particulièrement sur le risque de salinisation de l’Éocène. Comme le souligne la Commission locale de l’eau (CLE) du SAGE des Nappes profondes : «.(…) l’incidence des pompages au Plio-

Quaternaire sur la nappe de l’Éocène a été successivement :
✓ passée sous silence dans plusieurs versions des rapports d’étude
hydrogéologique d’Arcagée ;
✓ finalement estimée à la valeur de 3 cm ;
✓ jugées sous-estimée par le BRGM ; (…) »


C’est pourquoi la CLE a jugé incompatible le projet de Pure Salmon avec le Schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (SAGE) des Nappes profondes de Gironde (avis du 13 mai 2024). Dans le même sens, la CLE de l’Estuaire a émis un avis réservé au regard des nombreuses irrégularités des études menées par Pure Salmon (avis du 17 avril 2025). Ce risque est également évoqué dans le rapport du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) du 5 février 2025 : « ces deux aquifères du Plio-Quaternaire et de l’Éocène moyen à inférieur sont susceptibles d’être en connexion hydraulique en l’absence d’horizon imperméable franc entre eux ; ».


Nous regrettons l’absence des rapports du BRGM parmi les documents de l’enquête publique pour la qualité de l’information du public. Face aux changements climatiques, à l’augmentation des sécheresses, à la raréfaction de l’eau potable, le projet Pure Salmon constitue une menace pour les différentes nappes eu égard au risque de salinisation de l’Éocène.

 

Les rejets

Ce projet de ferme-usine soulève également des questions en matière de rejets. Avec la technologie RAS, Pure Salmon souhaite prélever de l’eau saumâtre dans la nappe de surface du Plio-quaternaire, l’utiliser, la traiter et la rejeter dans le Parc naturel marin de l’estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis. Les rejets auront des conséquences sur la qualité de l’eau de l’estuaire. Or, la qualité de l’eau est essentielle pour la pêche artisanale et les activités de conchyliculture. Il existe 50 concessions de captage de naissains dans les marais de la pointe du Médoc qui sont situés pour les plus proches, à environ 3 km du rejet dans l’estuaire du projet de Pure Salmon France. De plus, le tourisme risque d’être impacté puisque la zone de baignade de la plage de la Chambrette est localisée à 420 mètres au nord de la zone du projet et à 1,3 km du point de rejet dans l’estuaire.

 

Ces activités économiques sont essentielles à la commune du Verdon-sur-Mer. Les créations d’emplois évoqués par Pure Salmon ne peuvent compenser la menace qui pèse sur toutes les activités économiques locales qui nécessitent un bon état écologique de l’eau permanent.

 

D’autre part, concernant les rejets organiques, le Parc naturel marin (PNM) relève des imprécisions concernant le flux de matière organique. L’usine de saumon devrait générer des quantités importantes de boues, 6 tonnes par jour. D’après les porteurs de projet, une partie de ces déchets seraient traités par l’unité de méthanisation de Saint-Laurent-Médoc/Hourtin. Or, comme le souligne le Parc naturel régional (PNR) Médoc page 3 de son avis « ces résidus contiennent du phosphore, non dégradé par les processus de méthanisation, qui se retrouvera dans le digestat, dans des quantités qui interrogent les élus quant à la capacité du territoire à les recevoir en épandage. »

Le PNR évoque le risque d’eutrophisation (algues vertes) des zones humides si les taux de phosphates ne sont pas maîtrisés. Comme nous pouvons malheureusement l’observer en Bretagne, la prolifération d’algues est extrêmement nocive pour les écosystèmes environnants et pour la santé humaine.

 

Ensuite, concernant les biodéchets, le dossier indique la production de 10 000 tonnes de saumons qui généreront des déchets de poissons importants. Une mortalité prévue de 5% est présente dans le processus de production, s’y ajoute 35% de perte après le passage en atelier (têtes, arêtes, viscères…), soit 3995 tonnes de biodéchets qui sont prévus d’être récoltés et acheminés en Espagne par la société BARNA. La rentabilité de l’opération est à questionner compte tenu des ressources utilisées. Beaucoup d’énergie et d’eau sont nécessaires pour un processus qui prévoit au minimum 40% de perte. À l’heure où nos modèles économiques de production doivent être repensés par le prisme de l’économie
circulaire, ce projet ne répond absolument pas aux critères du développement durable !

 

L’urbanisme

D’après l’étude d’impact, le projet entraînerait la création de 200 à 400 emplois directs en phase travaux et 250 emplois directs en phase exploitation. La conséquence principale sera l’augmentation de la démographie locale. Toutefois, l’urbanisme local n’est pas en capacité d’absorber cette augmentation démographique. La ligne ferroviaire Bordeaux-Le Verdon nécessite de gros travaux de rénovation et régénération pour pouvoir fonctionner correctement, cette vétusté du réseau entraîne de nombreux retards, annulation et temps de parcours qui mettent en péril la fréquentation de la ligne. Le repli se ferait sur la route départementale D1215. L’augmentation du trafic est à soulever et ses conséquences en termes d’émissions de gaz à effet de serre en l’absence de report modal vers le train.

Peu de logements sont disponibles pour accueillir des personnes supplémentaires.

 

Par ailleurs, les photos d’insertion du projet dans le paysage ne sont pas très exploitables, il est impossible de mesurer l’impact du projet dans le paysage, il faut des documents plus clairs.

 

Enfin, en l’état, le projet n’est pas compatible avec le Plan local d’urbanisme (PLU) de la commune du Verdon-sur-Mer. La procédure de modification simplifiée est en cours. Dès lors, l’autorisation environnementale ne devrait être délivrée tant que la modification du PLU n’a pas été approuvée et purgée de tous recours.

 

L’énergie

Ce type d’élevage exige un contrôle permanent de la température de l’eau afin d’éviter le stress thermique des saumons. Cet impératif nécessite une consommation électrique importante de 100 GWh. Pure Salmon prévoit la mise en place de panneaux photovoltaïques sur l’ensemble des bâtiments pour couvrir leurs besoins électriques.


Les informations sont insuffisantes concernant l’approvisionnement en électricité. La consommation annuelle correspond à la consommation énergétique d’environ 45 000 personnes en France. Dès lors, il ne suffit pas de s’alimenter en partie en énergie renouvelable pour rendre ce projet écologique et soutenable.

 

Le littoral

La commune du Verdon-sur-Mer est concernée par un Plan de prévention des risques inondation (PPRI) approuvé le 24 octobre 2002. Ce plan couvre l’aléa inondation par une crue à débordement de cours d’eau. L’emprise du projet n’est pas située en zone d’aléa au regard du zonage du plan de prévention. Toutefois, les dernières simulations montrent que la pointe du Verdon sera fortement impactée par la montée des eaux en 2050. Avant de statuer sur la demande d’autorisation environnementale, le préfet doit prendre un arrêté de prescription afin de mettre à jour le plan de prévention de risque d’inondation au regard des enjeux contemporains et à venir.

 

Les écosystèmes

Le projet est au coeur d’un écosystème riche protégé par diverses dispositifs nationaux et européens :


● 5 Sites Natura 2000
● 10 ZNIEFF (Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique) et ZICO (Zone importante pour la conservation des oiseaux)
● Parc naturel marin de l’estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis charentais
● Parc naturel régional Médoc


Pure Salmon a choisi de s’installer au Verdon-sur-Mer car il s’agit d’un site clés en main. Les mesures de compensation écologique sont supportées par Grand port maritime de Bordeaux (GPMB), propriétaire foncier. Bien qu’il s’agisse d’une friche industrielle, le site est entouré par une biodiversité sauvage riche qu’il est nécessaire de préserver. Or, les conseils de gestion du Parc naturel marin (PNM) et du Parc naturel régional (PNR) ont émis des réserves importantes sur ce projet
en raison des conséquences sur la biodiversité. À titre d’exemple, le PNM évoque de nombreuses inquiétudes : «(…)

les effets sur la qualité de l’eau essentielle à la pêche professionnelle et à la conchyliculture ;
● les prélèvements dans la nappe souterraine du Plio-Quaternaire en connexion avec la nappe de l’Eocène dans laquelle sont effectués les prélèvements d’eau potable ;
● la contamination au cadmium des eaux pompées et l’importante filtration des sables ;
● le caractère innovant de la technologie utilisée, non déployée sur d’autres secteurs et interrogeant la maîtrise des risques sanitaires et l’absence d’utilisation de traitements antibiotiques ; »

Pour que le projet soit écologique, il doit respecter les écosystèmes et les activités économiques déjà présents. Or, sa réalisation risque de provoquer des dommages importants. Le préfet doit demander l’avis conforme du Conseil de gestion du PNM et s’inscrire dans la démarche du législateur, appliquer le principe de précaution.

 

Le bien-être animal

L’alimentation des saumons d’élevage participe à l’effondrement des fonds marins et à la surpêche. À l’état naturel, le saumon atlantique est un poisson migrateur qui vit en milieu ouvert, à très faible densité et parcourt des centaines à plusieurs milliers de kilomètres.


Le projet de Pure Salmon repose sur un modèle d’intensification maximale de la production en bassins fermés, avec des densités annoncées autour de 60–70 kg/m³. Pure Salmon indique vouloir maintenir un ratio de 7 % de poissons pour 93 % d’eau, présenté comme permettant d’éviter le stress lié au surpeuplement.

D’après, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), les élevages intensifs de saumons en systèmes RAS à forte densité exposent les animaux à des risques accrus de stress chronique, d’atteintes physiques et de souffrance, en particulier du fait de leur dépendance totale à des dispositifs techniques, comme relevé par l’association L214.

 

Le risque sanitaire

Les avis scientifiques de l’EFSA soulignent que les élevages intensifs de saumons sont particulièrement exposés à diverses pathologies, telles que la nécrose pancréatique infectieuse (IPN), les ulcères d’hiver, les infections fongiques à Saprolegnia ou encore les lésions oculaires (EFSA, rapport 2008, p. 21–23). L’EFSA précise que de nombreux poissons sont porteurs asymptomatiques de ces agents pathogènes et que les flambées de maladies surviennent fréquemment à la suite d’événements stressants, notamment lors des phases de tri, de manipulation ou de transport.


Pure Salmon communique sur un élevage « sans antibiotiques », mais pas sans risque sanitaire. La concentration et la fragilité du système RAS rend cet élevage intensif vulnérable au moindre aléa ce qui interroge quant au respect d’une approche One Health, une seule santé pour les écosystèmes, le vivant et les êtres humains.


Par conséquent, les élu·es du groupe écologiste, solidaire et citoyen au Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine sont opposé·es au projet de ferme-usine de saumons porté par Pure Salmon. Dans le même sens que les députés, nous demandons l’application du principe de précaution. Une proposition de loi transpartisane, « visant à instaurer un moratoire sur les projets de fermes aquacoles de saumons à circuit fermé », a été adoptée le 18 mars 2025 par l’Assemblée nationale pour un moratoire de 10 ans.


Nos demandes supplémentaires pour la bonne information du public :
● La publication du contrat qui unit GPMB et Pure Salmon ;
● La responsabilité en cas de risque d’inondation lié aux forages ;
● Le plan d’exposition au bruit doit être établi pour chaque installation notamment les six forages situés sur le site de Gare à terre à proximité de la place de la Chambrette, lieu touristique fréquenté ;
● Les rapports du BRGM doivent figurer parmi les documents de l’enquête publique afin de faciliter l’accès à l’information du public ;
● Nous demandons des éléments concrets sur l’alimentation électrique et l’origine de l’électricité consommée.