Forêts

Les élu·es écologistes de la Région se mobilisent contre la coupe rase de feuillus au Bois du Chat à Tarnac

Depuis novembre 2022, une coupe rase de parcelles forestières privées dont 6 hectares de feuillus centenaires a débuté au lieu-dit Le Bois du Chat, sur la commune de Tarnac (19, Corrèze).

Interrompue par un collectif d’habitant·es constitué face à la menace, accompagné·es d’élu·es et militants écologistes du Limousin, cette coupe rase cristallise une forte opposition et suscite des crispations entre environnementalistes et forestiers.

Interrompue par un collectif d’habitant·es constitué face à la menace, accompagné·es d’élu·es et militants écologistes du Limousin, cette coupe rase cristallise une forte opposition et suscite des crispations entre environnementalistes et forestiers.

À l’occasion de la séance plénière du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine du lundi 27 février 2023, les élu·es du groupe écologiste, solidaire et citoyen ont posé une question orale sur ces coupes rases. La conseillère régionale de Corrèze Amandine Dewaele a également envoyé un courrier au préfet de Corrèze, Étienne Desplanques, et a sollicité un entretien auprès du président de Région Alain Rousset pour demander à la majorité de prendre des mesures afin de protéger ce bois.

À La Chapelle, lieu-dit Le Bois du Chat, sur la commune de Tarnac (19), situé en tête de bassin versant de la Vienne, une coupe rase a débuté fin 2022 en bord de Vienne, détruisant un ruisseau, sur des parcelles forestières privées.

Parmi ces parcelles, on trouve 6 hectares de feuillus centenaires, hébergeant des espèces classées liste rouge (chiroptères). Ceci afin d’y planter des résineux. Un comité spontané de défense s’y étant opposé, le travail des forestiers est suspendu.

 

« La forêt constitue un écosystème précieux pour atténuer les effets du changement climatique et pour l’équilibre de la biodiversité, a souligné Amandine Dewaele, lors de la question orale en séance plénière du 27 février. En outre, les coupes rases dans ce bois sont situées dans une zone Natura 2000. Elles sont en contradiction avec la charte forestière du parc naturel régional (PNR) de Millevaches. »

 

Comme l’indiquait le texte de la question orale, « en tant que membre du syndicat de gestion du PNR, le Conseil régional ne peut rester silencieux face à ces coupes incompréhensibles en 2023, particulièrement dans une région fortement impactée par les incendies de forêts. Si le Limousin est une zone importante de sylviculture, celle-ci doit adopter des méthodes réellement durables et ne pas en rester au stade des discours de bonne intention. »

« Quelles sont les ambitions de la Région pour renforcer la charte du PNR de Millevaches dans le sens d’une plus forte protection des forêts ?”, »​

« Quelles sont les ambitions de la Région pour renforcer la charte du PNR de Millevaches dans le sens d’une plus forte protection des forêts ? », a demandé Amandine Dewaele au président de la Région Alain Rousset en séance plénière fin février, lors d’une question orale qu’elle posait pour le groupe écologiste, solidaire et citoyen de la Région Nouvelle-Aquitaine – à visionner ci-dessous.

 

« Les événements récents qui ont fait monter la tension sur le site du Bois du Chat ont mis en lumière l’antagonisme profond entre le droit absolu de propriété et les changements nécessaires de gestion forestière face à une biodiversité gravement menacée et au dérèglement climatique », a souligné la conseillère régionale écologiste de Corrèze.

 

Amandine Dewaele a fait partir un courrier le 7 mars au préfet de Corrèze, Étienne Desplanques, à Nicolas Surugne, directeur régional de l’Office français de la biodiversité en Nouvelle-Aquitaine, à Alain Dutarte, président de l’Agence régionale de la biodiversité de Nouvelle-Aquitaine, à Philippe Brugere, président du parc naturel régional Millevaches en Limousin, à Annie-Claude Raynaud, présidente du Conservatoire d’espaces naturels Limousin, à Philippe Sauvage, président du Conservatoire d’espaces naturels Nouvelle-Aquitaine et aux Centres régionaux de la propriété forestière de Bordeaux et Tulle. Amandine Dewaele a également obtenu un entretien téléphonique avec Alain Rousset, président de la Région, le 15 mars prochain. Les élu·es du groupe souhaitent un engagement de la Région dans la préservation des écosystèmes et demandent à l’OFB de les tenir informé·es en cas d’infractions constatées sur les parcelles concernées.

La question orale d'Amandine Dewaele posée lors de la plénière de février 2023

Les invités de Mediapart

Retrouvez également la tribune du 4 mars sur le Club de Mediapart « Pour des forêts vivantes, il est temps de changer nos pratiques sylvicoles », cosignée par nos élu·es.

Extension d’une méga-scierie en Corrèze : une méga menace pour l’environnement et les riverains !

Le groupe écologiste, solidaire et citoyen apporte son soutien aux sept personnes appelées à comparaître ce début janvier pour avoir participé à des manifestations contre les mégabassines.

Implantée à Égletons (Corrèze), la S.A.S. Fargesbois souhaite doubler la surface de son vaste complexe industriel. Les élu∙es écologistes de la Région Nouvelle-Aquitaine dénoncent les multiples impacts environnementaux et sociaux dramatiques de ce projet : déforestation à outrance, disparition de la biodiversité, pollution de l’eau, accaparement de terres agricoles, expulsion d’habitant∙es et agriculteurs, nuisances sonores, problèmes de circulation routière…

« À l’heure où nous devons plus que jamais préserver la forêt en la gérant durablement pour limiter le dérèglement climatique et l’effondrement de la biodiversité, le projet d’extension de la méga-scierie Fargesbois à Égletons, commune de 4295 habitant·es en Haute-Corrèze, est une aberration totale », estime Amandine Dewaele, conseillère régionale écologiste de Corrèze.

 

Le groupe vendéen Piveteau Bois, à qui appartient Fargesbois, souhaite faire passer sa production à Égletons de 150 000 à 250 000 m3/an pour le sciage (+ 66 %), selon un article publié le 6 novembre dans Médiapart. Cela représente plus de la moitié du bois de sciage coupé annuellement dans la forêt limousine.

 

Le nombre de camions empruntant chaque jour la route du site devrait quant à lui doubler, pour s’élever à 165 en 2026.

Pour atteindre son plein potentiel, la méga-scierie lorgne sur des terres de riverains et d’exploitants agricoles voisines afin d’y stocker ses grumes. Tablant sur l’hypothétique création d’une cinquantaine d’emplois, la communauté de communes de Ventadour-Égletons-Monédières (CVEM) a lancé dès l’été 2021 une procédure d’expropriation.

 

« Nous dénonçons les coupes rases, la disparition de la biodiversité, le processus d’artificialisation de seize hectares de terres agricoles, le remblaiement de zones humides, l’expropriation de riverains et le bradage de notre agriculture au profit d’industriels de la forêt, énumère Amandine Dewaele. Nous alertons sur le danger pour l’environnement. Aux méfaits environnementaux et sociétaux, s’ajoutent des nuisances sonores pour les riverains qui subissent, de l’aube au crépuscule, les bruits provoqués par les machines de traitement, conditionnement et stockage du bois », poursuit l’élue. Elle s’insurge contre « l’indulgence des pouvoirs publics qui ont permis plusieurs extensions sauvages de la méga-scierie ces dernières années ».

 

En 2017, une inspection de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) avait en effet constaté que l’emprise industrielle de Fargesbois s’étendait sur 19,9 hectares, alors que l’autorisation d’exploitation obtenue par l’entreprise sept ans plus tôt ne portait que sur 7,1 hectares.

 

En outre, l’enquête d’utilité publique a été menée au pas de charge : la population avait 15 jours pour s’exprimer, en pleine période Covid, du 22 novembre au 7 décembre 2021.

« Ce projet d'extension est dévastateur pour la forêt corrézienne : il va totalement à contresens de la feuille de route de transition écologique Neo Terra et d’une gestion durable des massifs forestiers »

La préfecture de Corrèze a déclaré début 2022 l’utilité publique du projet, portant sur 16 hectares de terres, dont 11 doivent revenir à Fargesbois. Le juge d’expropriation doit se rendre sur les lieux le 1er décembre pour évaluer les biens à indemniser. Un recours a été déposé au tribunal administratif contre cette déclaration d’utilité publique (DUP).

 

L’argument mis en avant par certain∙es élu∙es locaux qui soutiennent ce projet écocide est la création d’une cinquantaine d’emplois directs. Mais son hyper-mécanisation ne nécessiterait que peu de personnel. Et c’est la fin programmée des dernières scieries du Limousin. Quel bénéfice pour les Corrézien·nes ?

 

« Ce projet dévastateur pour la forêt corrézienne va totalement à contresens  de la feuille de route de transition écologique Neo Terra et d’une gestion durable des massifs forestiers, proteste l’élue corrézienne. À l’instar de l’association Associtra, les militants écologistes, les élu∙es, des agriculteurs et des riverains se mobilisent sous diverses formes avec notamment, le 1er décembre, un rassemblement devant le domicile d’une octogénaire qui devrait être expulsée. D’autres actions sont envisagées comme une conférence-débat sur l’industrialisation de la forêt en 2023 », annonce Amandine Dewaele.

Gestion des forêts privées : un nouveau schéma régional peu ambitieux pour les écologistes

Schéma régional de gestion sylvicole : le groupe Écologiste, solidaire et citoyen au Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine alerte sur les contradictions avec certains textes réglementaires et sur l’absence d’ambition dans le soutien aux politiques climatiques et la protection de la biodiversité. Il demande des modifications substantielles du projet.

Le Centre régional de la propriété forestière (CRPF) vient d’élaborer un projet de schéma régional de gestion sylvicole (SRGS). Celui-ci est basé sur le Programme régional de la forêt et du bois (PRFB) et ses objectifs d’augmentation des prélèvements de 2,8 millions de m3 supplémentaires en Nouvelle-Aquitaine. Pour les 19 élus régionaux écologistes, ce schéma s’appuie sur des études prospectives obsolètes qui ne prennent pas suffisamment en compte l’accélération des dérèglements climatiques. Et leurs conséquences sur les écosystèmes forestiers : incendies, stress hydrique, développement des ravageurs et maladies, diminution de la croissance des arbres, qui stockent alors moins le carbone…

 

« La gestion des forêts doit s’inscrire dans un horizon temporel particulièrement long et les cycles de production peuvent dépasser l’échelle du siècle. Il est essentiel d’effectuer des choix sylvicoles intégrant les projections climatiques. Nous sommes la seule région où l’on impose aucune limite de superficie aux coupes rases », souligne Laurence Motoman, conseillère régionale des Landes, membre de la commission Agriculture, alimentation, pêche, aquaculture, forêt, montagne.

 

« Ce projet de SRGS a une vision court-termiste et productiviste, poursuit l’élue. Cela est en contradiction avec la prise en compte de la multifonctionnalité des forêts et ne soutient pas suffisamment les politiques climatiques d’atténuation et d’adaptation. Il nous paraît dicté par les seules considérations économiques de la filière Forêts-Bois-Papier. »

« Il est impératif d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050 et d’enrayer l’effondrement de la biodiversité : pourtant ce document ne semble pas en tenir compte. »

Une consultation préalable non prise en compte

Les élus écologistes regrettent également que les principales demandes des contributeurs à la consultation publique préalable aient été ignorées : 35 % d’entre eux ont critiqué les pratiques sylvicoles « intensives » et 60 % ont demandé une meilleure intégration de la biodiversité.

 

Laurence Motoman conclut : « Le document semble ne tenir compte ni de l’urgence climatique, ni des stratégies bas
carbone ni de celles pour la préservation de la biodiversité. Il est pourtant impératif d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050 et d’enrayer l’effondrement de la biodiversité. C’est pourquoi notre groupe demande la révision de ce schéma».

Notre maison brûle et les climatosceptiques attaquent en meute

Vital Baude, conseiller régional écologiste de Gironde, vient de déposer une plainte pour cyber harcèlement et menaces de mort. Comme la sénatrice Monique de Marco, qui a également porté plainte, il a subi pendant des jours un déchaînement de propos diffamatoires et haineux sur les réseaux sociaux. Des internautes, dont beaucoup affichent des positions climato sceptiques, les ont accusés, rien de moins, d’avoir une responsabilité dans l’incendie dramatique de la forêt de La Teste-de-Buch. Comme c’est souvent le cas dans ce genre d’affaires, ils ont attaqué en meute, avec de multiples comptes et profils.

« Notre maison brûle et, non contents de regarder ailleurs, certains accusent et menacent des écologistes. Il s’est passé exactement la même chose lors des méga feux en Californie, quand Trump et ses partisans ultraconservateurs ont voulu faire croire que les écologistes étaient responsables de la vulnérabilité des forêts, dénonce Vital Baude. De nombreux medias ont, depuis, vérifié les allégations qui ont circulé à notre sujet et ont bien sûr pu constater qu’elles étaient fausses », rappelle-t-il.

Alors que les feux en Gironde ne sont toujours pas totalement éteints, le groupe écologiste, solidaire et citoyen au Conseil régional tient à réitérer son soutien aux pompiers, aux agents de l’Office national des forêts (ONF) et à toutes les personnes impactées par cette catastrophe écologique, humaine et économique.

Vital Baude, comme tout notre groupe, plaide depuis longtemps pour mieux sécuriser les forêts et leur biodiversité face aux risques d’incendies. Par des actions de prévention et par une sensibilisation de toutes et tous aux périls du dérèglement climatique, tout autant que par des moyens humains et matériels réclamés depuis des années par la Sécurité civile.

Lorsque l’heure du bilan aura sonné, il faudra apporter des réponses à un certain nombre de questions et notamment celles-ci : pourquoi n’y avait-il pas de plan de prévention des risques d’incendies de forêt sur ce territoire vulnérable ? Pourquoi a-t-on restreint les budgets alloués à l’ONF, à la Sécurité civile et à la prévention de façon générale ?

Le groupe écologiste, solidaire et citoyen au Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine